Chronique(s)

Diversity visa lottery 2011

lovemoi
je suis en deuxième année de droit et je joue pour la troisième fois la première fois c’était avant le baccalauréat. le dossier pas très difficile parce que j’allais au lycée français avec des professeurs d’anglais. mais soyez attentionnés j’ai perdu avec les reflets de mes lunettes sur la photo. à présent il faut bien lire les instructions pour la photo et les traduire et c’est mieux d’aller chez un photographe il faut c’est mieux

senithesun
auparavant je croyais que c’est une blague mais à présent je vais participer à ce jeu qui est la loterie. je reste en RD Congo dans la ville de Goma et 2575 de RD Congo vivent cette année en Amérique à cause de ce jeu.

newsermahmoud
moi non plus je ne croyais pas au DV avant. mon grand frère est aux USA actuellement donc jusqu’à ma mort je jouerai pour y arriver un jour.

diackyearofbirth1979
j’attends le résultat priez pour moi

karim
j’ai reçu la lettre de sucsé. merci. USA a place where there is no discrimination. merci

selimcharbib
salut tout le monde et voilà je suis deviste de loterie 2011 j’ai passé l’entretien le 6 février je conseille les prochains de présenter des comptes bancaires si vous déclarez du travail dans les formulaires tout est bien passé je me souffle enfin bonne chance mes frères

karim
j’aimerais bien si vous nous racontez les détails de ton interview peut-être ça pourra nous aider good luck

selimcharbib
vous arrivez à l’ambassade vous déposez votre lettre de rendez-vous au guichet ils vont te donner un badge puis le passage aux agents de surveillance pour vous fouiller puis au scanner vous allez attendre ton tour à l’appel vous allez présenter tous les papiers puis au guichet de trésor pour nous si on paye en dinar ce serait mieux par rapport au change après ils vont appeler à un autre guichet où se trouve l’américaine pour vous poser quelques questions en français et vous devez vous jurer le serment que toutes les infos sont correctes et voilà vous allez sortir avec joie inchallah

diackyearofbirth1979
@karim : congratulations
@lovemoi : je suis inquiet de ma photo un ami à moi m’a dit que les vêtements religieux c’est interdit est-ce que tu sais ce qu’ils disent de la marque de la prière sur le front

newsermahmoud
ton ami sait pas je travaille dans un cyber et je traduis chaque jour les instructions pour les clients voilà le texte pour le vêtement :
« uniforms should not be worm in your photo, except religious clothing that is worm daily »
avis aux casaoui je traduis toutes les instructions et je peux écrire les dossiers. attention à google translate qui est bien en anglais pour les mots mais pas pour les phrases. je suis à l’arobaz quartier derb sultan

jonathanclifford.americanembassyinlondon@hotmail.com
Augmentez votre potentiel d’accéder au premier tour de la loterie des visas de diversité. Se méfier des gérants de cybercafé qui remplissent les formulaires de candidature à la place des postulants, ils inscrivent des erreurs qui éliminent pour la convocation. Des professionnels officiels pour vous aider et des informations détaillées des procédures pour seulement 30 dollars. Envoyez en toute sécurité via Wester Union à l’ambassade des Etats-Unis à Londres et soyez gagnant. A tout candidat qui souhaite bénéficier de cette avantageuse opportunité avec la possession de green card de USA on souhaite bonne chance et le succès aux Etats-Unis.

lovemoi
ne pas répondre à ce message c’est une fraude je l’ai eu, les adresses yahoo et hotmail il n’y en a pas dans le gouvernement américain
je connais des cyber qui remplissent correctement mais c’est les personnes qui ne sont pas qualifiées (le baccalauréat ou deux ans de travail) alors elles ne réussissent jamais

newsermahmoud
@ lovemoi : merci de préciser moi je fais pas des arnaques
@ diackyearofbirth1979 : plusieurs font la photo sur photoshop mais c’est interdit et tu dois être fier de porter la marque elle te donnera chance c’est le signe de Dieu

diackyearofbirth1979
l’islam est dans mon cœur pas dans mon front je suis pas un personnage d’orgueil

karim
@diackyearofbirth1979 : tu dis vrai asahbi
@selimcharbib : qu’est-ce que c’est les questions ?

selimcharbib
ce n’est pas intellectuel les questions c’est pour vérifier si tu connais les Etats-Unis pour dire la capitale le président Obama ou savoir le nom des villes ou des batisses fameuses ana j’ai visualisé une photo de New York avec le pont de Manhattan deba il te faut étudier chouïa pour la convocation bislama

lovemoi
pour la marque de prière pas de problème parce qu’il y a le droit de porter si c’est religieux.
je donne les instructions en français à dire pour la photo :
taille de la tête entre 1 pouce et 1 3/8 pouce depuis le bas de menton au sommet de la tête et en full face avec un caractère neutre et porter les vêtements que tu détiens normalement un jour quotidien, pas d’écouteurs de kit mains libres ou des items similaires, si tu portes normalement des lunettes ou un appareil d’écoute tu peux les garder, les lunettes noires ne sont pas acceptables sauf médication le reflet des lunettes n’est pas acceptable

yasminaa
allez tous sur la dernière publication à la rubrique « actualités internationales » et vous comprenez pourquoi j’ai à l’esprit la grande perversité de certains américains
que Dieu sur terre et dans l’eau delà les maudisse
en espérant que de nombreux yankees reviennent au pays en cercueil

lovemoi
il faut lire en entier : il y a un procès, 12 soldats vont être au jugement

senithesun
les résultats avec le code marche pas aidé-moi s’il vous plait

selimcharbib
tu dois entrer ton code à la page d’accueil mais c’est le courrier qui doit être là normalement si tu es gagnant

lovemoi
encore perdu pour moi je pleure tout le jour après la troisième année je dois énormément aller étudier aux Etats-Unis pour obtenir un bon travail

newsermahmoud
tu dois garder l’espoir même si c’est le rêve le plus fou

senithesun
est-ce que personne voit mon nom je m’appelle Seni Ntouré vous pouvé me dire la réponse au téléphone 002265657897 s’il vous plait

newsermahmoud
je peux regarder quel est ton code et ta date de ton dossier rempli ?

Monopoly

-I- Liposuccion en politique
La crémation démocratique
Des gomina dans une pulsion
Nous mijotent la démigration

-R- Monomaniaques
D’la grande arnaque
Monopoly
D’l'oligarchie

-II- Dans les lotions pour les gamines
Dans les gommages pour les vieilles fouines
Pas d’gaspillage la même potion
Qui nous dit « gagnez du pognon »

-R- Monomaniaques
D’la grande arnaque
Monopoly
D’l'oligarchie

-III- Ça minus mais ça médiatise
Ça nous no life ça nous excise
Ça nous game over le cerveau
Ça vend du mirage au kilo

-R- Monomaniaques
D’la grande arnaque
Monopoly
D’l'oligarchie

-IV- Les architectes de l’immobile
Les archi-bookés du mobile
Les polyglottes de l’illusion
Ne bandent qu’en pôle position

-R- Monomaniaques
D’la grande arnaque
Monopoly
D’l'oligarchie

-V- Il faut être polyvalents
Motivés polis et contents
Et avaler sans discussion
Notre soupe à la déception

-R- Monomaniaques
D’la grande arnaque
Monopoly
D’l'oligarchie

-VI- On poltron pourtant on s’accroche
On veut pas perdre son bout d’bidoche
Après l’vingt heures on sort son dard
On pond du chiard anti-cafard

Eclipse

Je viens pour lui donner des livres et des classeurs. Je vais repartir avec un nom sur un papier, un téléphone et une adresse : 6, rue Lafayette.
Je viens pensant ne pas rester mais l’appétit quasi immédiat me fera rester jusqu’à l’heure où il faut vraiment rentrer.
Jusqu’à la prochaine fois.
Parce qu’il a tant à raconter.
Allegria. La belle rencontre est là. Rare et précieuse.
Elle a la voix de l’huile d’argan. Son accent indélébile quand tant d’autres restés là-bas cherchent à l’éradiquer.
On parle Genêt, Artaud, cinéma, Badiou, on parle humain et pas intello. Ça fait du bien à l’intérieur. Parce qu’il n’est pas à côté comme trop souvent c’est le cas chez ceux qui ont une pensée sur.
Sa pensée c’est un regard donné et non seulement posé.
D’un autre pays et presqeu d’un autre temps, il est l’homme le plus présent aux choses que je rencontre depuis des mois.
La rencontre starter. La tenir pour lâcher.
Il est du monde entier, dans les échoppes de Cotonou et les fichus des manitas à la fois.
C’est l’homme mikado.
C’est par ce en quoi il croit que tout tient.
C’est parce qu’il en est encore des comme lui que tout tient.

Je suis venue avec les livres et les classeurs, et bien sûr je n’ai pas eu le droit de payer mon café.
L’histoire d’un homme, sa petite histoire connectée à la grande.
La parole qui soudain n’est plus seulement des mots.
Une rencontre qu’on n’a pas le droit de garder pour soi.
Mais que vous ne méritez pas, qu’est-ce que vous croyez?
Je ne vous donnerai pas son nom.
Vous pouvez toujours vous rendre à l’adresse indiquée.
C’est l’adresse d’un autre rencontre, la vôtre.
C’est l’adresse pour ceux qui croient qu’il suffit de se rendre quelque part.

Pour ça

Et si tout se délie
Pourquoi qu’on se dit oui
Pourquoi qu’on doit signer
De  l’union paraphée

Et si tout n’est qu’un jeu
Et qu’à la fin on perd
Pourquoi je dois être deux
Pour courir en arrière

Pour ça + ça + ça
Pour ça qui nous fait nous
Ce mélange singulier
Pour ça + ça + ça
Pour ce ça entre nous
Qui nous fait exister
Pour ça + ça + ça
Pour ce ça rien qu’à nous
Qu’on offre au monde entier

Et si tout élastique
Notre amour peut craquer
Et si tout plein de tics
Il finit par lâcher

Et si toute imbibée
Je finis par brûler
J’veux pas qu’on vienne  souffler
Sur mes chairs gondolées

J’veux garder la morsure
Des toujours qu’on susurre
J’veux garder sur la peau
L’empreinte des jolis mots

Pour ça + ça + ça
Pour ça qui nous fait nous
Ce mélange singulier
Pour ça + ça + ça
Pour ce ça entre nous
Qui nous fait exister
Pour ça + ça + ça
Pour ce ça rien qu’à nous
Qu’on offre au monde entier

Les mots qu’il faut

Cher père Noël,

Tu m’apporteras des timbres poste.

Tu m’apporteras aussi des enveloppes, un ordinateur j’en ai déjà un mais l’imprimante ne fonctionne plus. tu m’en apporteras une.

Tu m’apporteras comme d’habitude une cravate de la part de ma femme et des chaussons de la part de mon fils.

Tu m’apporteras un nouveau Walt Disney pour occuper mon fils pendant les vacances.

Tu m’apporteras quelque chose d’original pour ma femme mais elle sera trop occupée à me reprocher ma lâcheté pour en être touchée.

Tu m’apporteras de l’argent que je n’ai pas. Tu en auras glissé un peu au préalable dans chaque enveloppe. Si tu n’as pas le temps je m’en occuperai.

Après qu’on aura déballé les cadeaux le 25 au petit matin, je m’installerai dans mon bureau.

Je taperai le courrier, que j’imprimerai, et dont je ferai ensuite une boule que j’enverrai comme la précédente dans la corbeille à papier. Je répéterai ces gestes jusqu’à écrire quelque chose de correct.

Tu m’apporteras des mots que je n’ai pas pour dire à chacun qu’il s’en va.

Tu m’apporteras les mots qu’il faut pour que chacun comprenne que ce n’est pas moi qui décide, que je n’y suis pour rien. Tu m’apporteras les mots qu’il faut pour que chacun sache que la compensation financière, je la prends de ma poche, pour preuve de ma reconnaissance, en dépit des décisions du siège.

Le 31, les courriers seront sous enveloppe. Ma femme à minuit m’embrassera du bout des lèvres.

Le 2 au matin, les courriers seront postés.

Le 3 au matin, les courriers seront ouverts et cinquante-huit appels arriveront au standard du siège, les cinquante-huit appels que j’aurais préalablement fait transférer.

Cinquante-huit personnes se verront entendre entendre dire la phrase pour laquelle le siège aura embauché une intérimaire le 3 janvier : « nous comprenons, nous vous transmettons dès aujourd’hui une brochure décrivant les reconversions possibles ; et n’oubliez pas qu’en tant que demandeur d’emploi, des aides spécifiques sont à votre disposition pour toute création d’entreprise ou société anonyme ».

Socialo girafe vs capitalo cow boy

-    A : Tu peux pas être socialo et girafe à la fois
-    B : ben ! une socialo-girafe
-    A : ça marche pas c’est pas politisé comme animal
-    B : t’en connais beaucoup des animaux qu’ont une carte au parti
-    A : ouais ta mère
-    B : Connard
-    A : Non sans dec’ y’en a plein
-    B : genre quoi ?
-    A : genre le dindon
-    B : ben c’est communiste le dindon
-    A : t’y connais rien
-    B : ben si c’est anarchiste
-    A : t’es relou depuis que ta mère est prolo
-    B : Ton père c’est pas un prolo peut-être ?
-    A : si mais il a une bite
-    B : putain t’es con. Bon alors je suis quoi ?
-    A : je sais pas. Un zébu ? socialo-zébu
-    B : ok et toi ?
-    A : capitalo cow boy
-    B : c’est pas un peu tordu ton truc
-    A : c’est toi le truc tordu
-    B : allez dos à dos cow boy, sors ton capitalo gun
-    A : attends deux secondes, juste le temps de t’envoyer une capitalo pichenette
A frite B
-    B : on n’a pas dit que ça commençait là
-    C : c’est bon les gars je peux revenir ?
-    A et B : ouais
-    C : alors vous êtes qui ?
-    A et B : ta mère
-    C : ma mère encule vos pères avec ses deux god ceinture. Allez dos à dos bande de raclures
A et B se placent dos à dos
-    C : je vais compter jusqu’à 10 et vous allez faire 10 pas chacun
-    A : ça fait 20 ça 10 pas chacun
-    B : ta gueule t’es lourd. Tiens un socialo bisou de cheval
B frite A
-    C : putain les gars ! mains dans les poches, je compte c’est parti
-    A : mais pourquoi tu comptes au fait ?
-    C : pour le duel
-    B : Quel duel ?
-    C : ben le duel c’est pour ça qu’on est là
-    A : ouais on est où là ? tu peux nous dire ?
-    C : putain les gars vous déconnez là !
-    A et B : Non
-    C : c’était prévu merde faut savoir vous m’avez dit et là c’est plus ça le plan ça craint merde si c’est ça je me barre moi
-    A : pourquoi tu gueules sur nous ?
-    B : Comment tu t’appelles ?
-    C : vous êtes lourds vous vous dégonflez c’est ça c’est nase moi je me casse
-    A : tu vas où ?
-    C : je rentre
-    B : Où ça ?
-    C : vous êtes trop graves
-    B : il nous insulte encore !
-    A : on le connait même pas ce mec !
-    B : et pourquoi il nous a emmenés là ?
-    A : ouais pourquoi tu nous as emmenés là ?
-    C : je vous ai emmenés nulle part moi
-    A et B : ta gueule
A et B fritent C
-    C : putain les gars vous hallucinez là !
-    A : ça veut dire quoi halluciner ?
-    B : ouais dis-le nous ça veut dire quoi
A et B fritent C
-    C : ça veut dire allez vous faire foutre bande de tarés
A et B fritent C
-    A : taré ? moi ? le capitalo cow boy ?
-    B : et moi le socialo zébu ?
A et B se marrent
-    C : putain les gars vous êtes  graves j’y ai trop cru
-    A et B : A quoi ?
-    C : vous recommencez là ! mais non arrêtez sérieux arrêtez
-    A : tu chiales ?
-    B : tu chiales ta race Adolph !
-    A : Adolph
A se marre
-    C : on avait dit qu’on m’appelait plus comme ça
-    A : on a oublié
-    B : on oublie tout aujourd’hui
-    A : on perd tout aussi, j’ai pas laissé un coup de pied dans ton cul
A frite C
-    B : C’est gratuit ça
B frite C aussi
C chiale pour de bon

-    A (à B ) : tu vois c’était gratuit
A frite B
-    B : et ta mère elle est gratuite ?
A frite B
-    B : connard
-    A : Non. Caputalo cow boy.
-    B : Non. Capitalo prolo. Commando péquenaud. Comme ton père. Commando Pernod.
B frite A

Crash

Jour 1. Intérieur jour. Déjeuner. Cuisine aménagée.
Ils seront six autour de la table : le père, la mère, le fils, la fille, la copine du fils, le copain de la fille. Ceux-là, les rapportés, ne parleront pas, ils n’auront pas la place, ils se tairont et leur regard parlera pour eux.
Bande-son : J.T de 13h, le crash de l’avion au retour du brésil, le crash encore.
Le fils
Auteur compositeur
Electeur abstinent / voterait à droite sinon
Boite de prod aux bénéfices quasi inexistants
Cordon non coupé avec la mère
Cordon tressé mère
La fille
Auteur comédienne
Ex électrice abstinente / aurait dû continuer à s’abstenir
Compagnie à la notoriété quasi inexistante
Cordon coupé avec la mère
Ex cordon tressé pourtant
La fille puis le fil puis la fille puis le fils :
-    Le crash encore, c’est pour ne pas parler des vraies choses
-    Quelles vraies choses ?
-    On nous endort !
-    Tu nous fais ta révolte !
Le ton montera sans transition. La fille déversera sur le fils :
-    On ne peut pas parler avec toi, tu m’emmerdes, tu me pourris la vie.
Le père tentera une diversion et se fera renvoyer paître par la fille.
Flash back. Jour – 15. Intérieur nuit. Salon.
Ils seront une dizaine d’amis de la fille avec la fille, la mère, le fils, la copine du fils, le copain de la fille, qui déjà ne diront rien.
Ils seront réunis pour fêter la réussite de la fille au concours qu’elle convoitait. Le fils monopolisera la parole une partie de la soirée, autour de discussions politiques qui n’en seront pas.
Extérieur nuit. Terrasse.
Le groupe des fumeurs se fera de plus en plus conséquent, ralliant à sa cause les non fumeurs qui veulent échapper au débat stérile du salon.
Intérieur nuit.
Le directeur de cabinet
Pas franchement humaniste
Pas tout à fait à gauche
Socialiste quoi
Le directeur de cabinet et le fils poursuivront une discussion interminable puisque l’un affichera une idéologie ultra libérale que l’autre contrera d’arguments solidement accumulés à Sciences-Po. Le dialogue n’évoluera pas puisque l’un comme l’autre ne se préoccuperont à aucun moment du monde qui les entoure mais uniquement du pouvoir de leur rhétorique.
La fille assistera au départ progressif de ses invités, elle ne dira rien, elle servira même en fin de soirée une tisane au fils.
Jour 2. Intérieur jour. Sonnerie téléphone.
La fille décrochera.
La mère :
-    Je n’ai pas dormi cette nuit. Je ne veux pas que mes enfants se séparent.
-    Personne ne lui dit jamais.
-    Je sais. J’essaye mais.
-    On ne peut rien lui dire. Dans la voiture après je me suis dit que c’était disproportionné, je me le suis bien dit. Mais il fallait que ça sorte.
-    Comme l’autre soir oui je sais il faut qu’il l’ouvre. Comme le père.
Jour 6. Extérieur jour. Terrasse.
La fille, la mère, le père prendront l’apéritif. Le fils ne viendra pas dire bonjour à la fille à son arrivée. Il restera à l’intérieur.
Intérieur jour.
La fille en partant ira embrasser le fils. Aucun mot ne sera prononcé.
Jour 10. Extérieur jour.
La fille glissera un mot sous une porte d’entrée.
Il y sera écrit : « bon anniversaire bla bla bla ta sœur qui t’aime malgré nos différences »
Jour 40. Intérieur nuit.
La fille rentrera de voyage. Le fils ne posera pas de questions.
Jour 50. Extérieur jour. Jardin + dépendances en cours de restauration.
La fille proposera une bière au fils. La copine du fils prendra la bière et la lui amènera. Il la boira plus loin.
Bande-son : bruit des travaux du fils.
Jour 60. Extérieur jour. Jardin.
Bande-son : bip du détecteur de métaux.
L’été finira. La venue d’amis avec un curieux engin les fera percer le jardin pour déterrer des trésors, particulièrement des capsules de cannettes.
La fille et le fils boiront enfin un verre à la même table.

Lettre à François

François,
En fait le problème, c’est ta façon de rouler des pelles. On a l’impression de se faire ramoner la gueule. Et ça sent la ferraille. Sinon t’es mignon, cool, sympa mais je préfère sortir avec d’autres mecs. Et puis je sais qu’il va bientôt falloir que je me dépucelle. Caro elle l’a déjà fait (mais le dis pas s’te plait). Et j’ai envie que ça soye avec un mec qui s’y connait un peu. Et quand je vois comment t’emballes je me dis que ça va pas le faire même si à la base vu que je te trouvais sympa, j’avais pensé à toi pour me faire dépuceler. Si y’a un copain à toi que tu sais qu’il l’a déjà fait, tu peux écrire son nom sur les pointillés……… et me faire passer la lettre dans le car demain matin. Salut.
P.S : j’ai pas dit aux filles que c’est parce que t’emballes mal

En être ou pas

Je n’aime pas les artistes qui germent ici ou là
Il en pousse en tous genres qui n’ont rien d’plus que toi
Je n’aime pas les artistes quand ils créent des émules
Qu’on se presse autour d’eux et qu’on les congratule

Je n’aime pas les artistes quand ils sont en colère
Ils nous sapent le moral avec des œuvres austères
Je n’aime pas les artistes quand ils sont amoureux
Tout en eux se répand, ça en devient verbeux

Je n’aime pas les artistes, surtout quand ils sont doués
C’est même pire s’ils le sont en toute humilité
Je n’aime pas les artistes quand ils parlent de leurs goûts
Tu fais l’tri dans les tiens et il reste rien du tout

Je n’aime pas les artistes quand ils veulent faire le bien
Leurs idées engagées font pas fuir le chagrin
Je n’aime pas les artistes quand ils veulent te faire rire
Il faut comprendre l’humour, ça te gâche le plaisir

Je n’aime pas les artistes qui crachent sur la violence
Alors qu’ils feraient tout pour rester dans la danse
Je n’aime pas les artistes et leur bonheur factice
Si tu grattes le vernis ils sont couverts de vices

Je n’aime pas les artistes parce que je veux en être
Je n’aim’rais pas m’aimer, et risquer de l’admettre
Je n’aime pas les artistes parce que je n’en suis pas
Et même si j’en dev’nais, j’les aimerais toujours pas

Ce jour-là

Le jour où on a ouvert le ventre du mur de Berlin, j’avais eu une mauvaise note en rédaction mais j’ai quand même eu le droit de regarder la télévision. C’était le 9 novembre 1989.
Le jour où l’ONU a lancé son ultimatum à Saddam Hussein, déjà j’ai appris ce qu’était un ultimatum et aussi ma mère m’a achetée des chaussures moches. C’était le 29 novembre 1990.
Le jour où les tours jumelles ont explosé, il y avait un fort coefficient de marée en Bretagne, je suis donc allée pêcher.C’était le 11 septembre 2001.
Le jour où Jean-Marie Le Pen est passé au second tour des élections, j’étais sans doute assise dans un canapé.C’était le 21 avril 2002.
Le jour où 290 737 personnes sont nées et 126 837 sont mortes à travers le monde, le jour où 2813589347 dollars de dépenses ont été engagés par les gouvernements dans l’armée, le jour où 407 027 814 journaux ont été tirés, 428 104 téléviseurs et 2 536 184 téléphones mobiles ont été vendus, le jour où 21303 personnes sont mortes de faim et où 188 370 496 dollars ont été dépensés pour des maladies liées à l’obésité et 81 960 799 dans des programmes de perte de poids aux Etats-Unis, le jour où 1 439 393 949 personnes n’ont pas eu accès à l’eau potable et où 11 358 742 834 cigarettes ont été fumées, ce jour-là mon téléphone portable a sonné en guise de réveil, j’ai pris une douche chaude et un petit déjeuner, j’ai traversé en train six régions en trois heures et demi, et puis j’ai pissé, mangé, pissé, mangé, pissé, dépensé de l’argent, mangé, utilisé un ordinateur, bu du vin AOC, ce jour-là comme tous les autres, ma vie de merde a été luxueuse et je ne me suis pas sentie autorisée à cracher dessus. C’était le 1er novembre 2009.